BUDGET 2026 : Où EN SONT LES DISCUSSIONS ET QUELLES SONT LES ISSUES POSSIBLES ?

L’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela par les Etats-Unis, les menaces d’annexion du Groenland proférées par Donald Trump, les manifestations contre le régime en Iran ou encore les nouvelles frappes israéliennes au Proche-Orient… Pas de doute, l’actualité internationale a complètement accaparé l’attention en ce début d’année 2026. Comme si les ambitions impérialistes du président des Etats-Unis avaient réussi à faire oublier à la France ses propres vicissitudes.

Le pays est tout de même rentré dans la nouvelle année… sans budget, avec un Parlement fragmenté et un gouvernement plus que déstabilisé. Le Premier ministre Sébastien Lecornu devra notamment affronter la semaine prochaine deux motions de censure axées sur le Mercosur, déposées par la France Insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN).

Jusqu’alors, le fonctionnement des services publics et le prélèvement des impôts sont permis grâce à une loi spéciale, votée in extremis fin décembre 2025. Mais la France cherche toujours un budget. Quelles sont les options qui s’offrent au gouvernement Lecornu, de plus en plus contesté ?

• Le vote, une voie sans issue ?

Au terme de longs débats, l’Assemblée nationale a finalement voté le budget de la Sécurité sociale en décembre. Mais cette voie semble impraticable s’agissant du budget de l’Etat.

Vote du budget de la Sécurité sociale : trois gagnants, deux perdants

Le PS a à plusieurs reprises signifié qu’il ne pourrait mieux faire que de s’abstenir sur ce budget, alors qu’il reste un groupe d’opposition, et qu’il rejette sur le fond les orientations du gouvernement. Arithmétiquement, l’abstention des socialistes et des écologistes pouvait suffire à assurer une petite majorité, en cas de vote pour de la droite, des macronistes et des indépendants du groupe Liot. Mais les écologistes ont fermé la porte à cette option mardi en disant toute leur hostilité au texte du gouvernement.

• La délicate hypothèse d’un passage en force par le 49.3

Faute de majorité à l’Assemblée, de nombreuses voix ont souligné que l’article 49.3 de la Constitution était l’outil adéquat pour faire passer le budget, à condition que le Premier ministre parvienne à nouer un pacte de non-censure avec les socialistes – ceux-là mêmes qui lui ont demandé en octobre d’y renoncer.

« Maintenant que nous sommes sortis de cette fiction d’une abstention des Verts, il vaut mieux un 49.3 rapide », a encore affirmé vendredi dans le journal « L’Opinion » le député Aurélien Rousseau, du groupe PS. Mercredi, le député Horizons Sylvain Berrios était allé jusqu’à demander « sans délai » au Premier ministre, lors des questions au gouvernement, de « déclencher l’article 49.3 ».

La question a été évoquée mardi à Bercy, où étaient reçus des parlementaires de la coalition gouvernementale, des indépendants de Liot et du PS, un débat s’instaurant même selon des sources parlementaires sur le bon « tempo » pour activer le 49.3, plutôt au début ou à la fin des débats.

Interrogée jeudi, la ministre Amélie de Montchalin a temporisé : « On n’est pas à deux jours près. Et donc je pense qu’il y a une valeur à ce que nous commencions, et je pense même que nous allions au bout des travaux de la première partie, que nous fassions les choses avec méthode ».

• Le recours incertain aux ordonnances

L’exécutif n’exclut pas d’y recourir, comme l’y autorise l’article 47 de la Constitution, compte tenu du dépassement des délais prévus pour adopter le budget. Ce serait en une première, et le débat n’est pas tranché entre spécialistes du droit pour savoir quelle serait la marge de manœuvre du gouvernement sur son contenu, et quelle instance pourrait éventuellement statuer sur sa validité.

Jérémie Iordanoff, député écologiste : « Les marchandages au fil de l’eau ne suffiront pas, Sébastien Lecornu doit changer de méthode »

Interrogé mardi sur Sud Radio, le rapporteur général du budget Philippe Juvin a dit que la voie des ordonnances faisait « partie des solutions ». « L’avantage, c’est que vous avez un budget, c’est fait […], alors qu’avec le 49.3, vous pouvez ne pas (en) avoir », a-t-il expliqué. Mais il y a aussi deux inconvénients selon lui : le premier, « c’est que le texte qui devient le budget, c’est le texte initial qui comporte bien des défauts ». Et le second, c’est qu’il « y a un risque évidemment de censure derrière ». « Mais la priorité, c’est d’avoir un gouvernement ou d’avoir un budget ? Moi, je crois que (…) c’est d’avoir un budget », a-t-il tranché.

• Le spectre de la chute avec deux motions de censure

Deux motions de censure contre le gouvernement Lecornu devraient être débattues en milieu de semaine prochaine – mardi ou mercredi – à l’Assemblée : l’une déposée par La France insoumise, l’autre par le Rassemblement national.

Vendredi matin, La France insoumise a en effet déposé une motion de censure pour protester contre le « piétinement » de la souveraineté populaire et du droit international tant concernant l’accord de libre-échange avec le Mercosur que le Venezuela. Le RN a de son côté annoncé jeudi son intention de déposer une motion de censure sur le Mercosur.

Si elles ont peu de chance de passer en l’état, elles constituent des freins supplémentaires à l’adoption d’un budget. Sébastien Lecornu a fustigé sur X ces motions, évoquant « postures cyniques partisanes ».

Toutefois, si l’une devait être adoptée, le chef du gouvernement « démissionnera, il y aura une dissolution, et les deux tours de scrutin seront en même temps que les élections municipales », assure vendredi soir, en off, une source au sein de l’exécutif. Sébastien Lecornu a en effet donné instruction au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez de préparer l’organisation d’éventuelles élections législatives aux dates des municipales les 15 et 22 mars.

2026-01-09T19:35:52Z